Less is more, qu’ils disent

Je vis dans une civilisation dont l’art ne célèbre plus que le ténu, l’infime,

l’incertaine évocation d’une furtive ébauche, d’une trace évanescente

(celle qui restera de nous?)

Mais attention:

En grand format!

 

Car ce n’est pas

ne rien montrer

qu’il faut pour être réputé sublime.

C’est montrer du rien.

Beaucoup de rien.

Que ça te bouche la vue, le rien.

Que ça t’éblouisse le grand mur blanc.

Mais que tu sois forcé de regarder.

Et dis-toi bien qu’il n’y aura désormais plus rien d’autre.

 

Applaudir l’avènement de l’insignifiance

Aider à la prolifération du vide

Voler au secours du néant

Seconder l’entropie

 

Mais à tout prix occuper le terrain.

 

Less is more, qu’ils disent.

Cette tarte à la crème de l’art officiel est devenue un formidable outil

de discrimination sociale,

le seul qu’on puisse encore utiliser

à visage découvert.

 

“Voyons, ces oeuvres que j’ai choisi de montrer,

toi pauvre naïf tu me dis tout bonnement que tu n’y vois rien…

Je me délecte.

C’est que tu es un sot!

Ce que j’y vois moi de sublime est si fin, si éthéré

Que cela vole à cent lieues au dessus de ta tête de myope.

Il faut être d’une autre qualité pour s’y entendre.

Tu es un bouseux, mon pauvre ami.

Moi je suis un seigneur…”

 

Ah j’en aurai bouffé de l’imperceptible

de l’infra-mince

de la nanopeinture!

Le fin du fin

l’extrême pointe!

En voit-on des tâcherons de l’inaperçu,

des laborieux du subtil!

 

Alors assommé par le poids répété de toute cette légèreté

inlassablement assénée,

aplati sous cette colonne d’air raréfié,

j’étouffe.

Travaillé du dedans par l’impitoyable inflation

de toute cette aérophagie,

je vais exploser.

 

Ah mais faut pas!

C’est pas prudent!

L’affaire est verrouillée!

Il y a belle lurette que toute critique de l’avant-garde

et même de la post-avant-garde

vous vaut aussitôt l’épithète de totalitaire…

Mieux.

Fasciste.

 

Toute critique de l’avant-garde auto-proclamée sera réputée fasciste.

Il faut toujours appeler ses adversaires fascistes désormais.

Milosevic l’avait compris: le premier qui lâche le mot a gagné.

 

Dans la grande entreprise de démolition de la machine à faire du sens

qu’est l’homme,

il faut d’abord détruire le sens des mots.

Car l’homme privé des mots sera tout entier livré à la loi des choses.

 

Donc communiquons

à grand bruit

pour dire du rien.

Tout le rien qu’il est possible.

 

On le sait depuis longtemps:

pour être considéré

il est primordial d’être emmerdant.

Mais pourquoi s’ingénier à de hasardeuses métaphores

Quand il suffit de bégayer

dans un gros haut-parleur?

 

Qui nous tient ce discours?

Tous les tenants de la modernité

de “la merdonité de la modernité”,

ceux pour qui le Dow Jones

est l’ultima ratio de toute existence terrestre.

Et surtout cette vieille gauche

qui depuis vingt-cinq ans a décidé de se soumettre.

 

Habituons les gens petit à petit à la merde.

Ils finiront par l’accepter et même par l’aimer.

Il faut bien aimer quelque chose.

Il suffit de ne leur donner rien d’autre.

Viendront les connaisseurs:

ils sauront trier la merde noble de la merde vulgaire.

 

Habituons les gens à la merde vulgaire…

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Les Aventures du petit Hemingway

Alors qu’on continue de commémorer la Grande Guerre, il faut désormais s’apprêter à célébrer le centenaire des Années Folles (et puis sans doute célébrer celui du fascisme). C’est dans cette perspective que j’ai “revisité” la jeunesse du célèbre Ernest, avant qu’il ne devienne Papa Hemingway et finisse par nous laisser ce petit bijou qu’est “Paris est une fête” (“A Moveable Feast”), avant de tirer l’échelle. Bref, c’était avant.P1060350 - copieP1060254 - copieP1060281 - copieP1060282 - copieP1060283 - copieP1060284 - copieP1060342 - copieP1060341 - copieP1060339 - copieP1060345 - copieP1060344 - copieWhile we are still commemorating the first world war, it’s time to think of celebrating the centenary of the 1920’s, which the French call “les années folles”, the crazy years; and then we’ll perhaps be celebrating the centennial of fascism, or not.

With that in mind, I scribbled some sketches about the youth of the great Ernest. That was before he became the famous Papa Hemingway, long before he gave us that marvellous “Moveable Feast”, before he switched off the light. That was before.

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Fissa, bistro, schnell!

Capture d’écran 2016-03-04 à 15.02.41 Capture d’écran 2016-03-04 à 15.05.37 Capture d’écran 2016-03-04 à 15.06.26 Capture d’écran 2016-03-04 à 17.38.24 Capture d’écran 2016-03-04 à 17.39.13Croquis ultra-rapides à l’encre de Chine et au pinceau chinois sur du papier de mûrier, environ 25 x 35 cm; le modèle en mouvement lent mais constant.

Very quick sketches. Japanese sumi and chinese brush on paper made of mulberry tree bark. The model was slowly but constantly moving.

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Tifosi (3)

En fait, je n’étais pas entièrement satisfait de ces grands fusains. J’avais fait aussi quelques dessins aquarellés à partir de détails, mais il me semblait qu’il manquait quelque chose, la spontanéité du premier jet.

J’ai repris les croquis de mon carnet. Je les ai agrandis à la photocopieuse, je les ai découpés et je les ai ré-arrangés en une longue frise sur quatre feuilles de papier A3 mises bout à bout, que j’ai photocopiées de nouveau pour les reporter sur quatre planches de lino.

P1050136P1050132P1050193Quand ce sera terminé, je devrais avoir une frise composée de quatre gravures imprimées en noir et en plusieurs couleurs, on verra bien. Le vert et le rouge, mais aussi le bleu des drapeaux, et probablement une ou deux couleurs de fond.

Les croquis n’ont pas du tout été dessinés en vue de la gravure. Ils contiennent une foule de traits plus ou moins utiles. Graver tout cela n’est pas raisonnable. C’est pourtant ce que je vais faire, et ça prendra du temps.

J’espère ainsi garder le côté improvisé du croquis, combiné avec l’allure un peu raide du lino, surtout quand il est gravé au couteau.

Ne vous attendez pas à voir le résultat final tout de suite.

Actually, I was not so pleased with the big charcoal drawings, nor with some  little watercolors I had made. I felt they lacked the liberty of the first draft.

I went back to my sketchbook. I photocopied the sketches, scaling them up. I cut each car off and  arranged them in a long frieze on four sheets of paper. Copies again, which I transfered onto linoleum plates.

The final prints should feature several colors, not only black and white: the green and red and also the blue of the flags, and probably more.

Of course I didn’t have the engraving in mind when I was drawing the sketches. They are a mess of lines, some of them not particularly useful at first sight. Carving all that stuff does not seem quite sensible, anyway that’s what I am going to do. And it will take time.

Working so, I hope I can retain the freshness and casualness of the first sketches, combined with the rather stiff look of a linocut, especially when you carve it with a knife.

Do not expect to see the final result very soon.

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Tifosi (2)

Je me suis trompé, le 28 juin 2012 c’était la demi-finale. Un peu plus tard dans l’année, j’ai dessiné ces quatre panneaux de 1m22 de long chacun.

DSC_0007DSC_0006DSC_0003DSC_0009Voici le texte qui court sur les quatre panneaux.

Liège, le 28 juin 2012, entre 22h30 et 23h30 ; le quai Saint-Léonard était sillonné par les Italiens de Herstal qui envahissaient la ville. Les Italiens de Seraing faisaient sans doute pareil par le sud. Circulation bloquée: l’Italie avait gagné, – brillamment -, la demi-finale de l’Euro de football contre l’Allemagne, 2 – 1.

Trois jours plus tard, l’Italie perdit, – lamentablement -, la finale contre l’Espagne. Sic transit gloria mundi.

Je me souviens avec émotion de ce soir de 1982 où l’équipe italienne avait gagné le Mundial de foot contre l’Allemagne. Je m’en souviens pour deux raisons: l’avant-veille, les Allemands avaient remporté la demi-finale contre la France aux penalties.

Les Français, pour une fois, avaient été magnifiques, on les aurait cru menés par Michel Ney en personne. Les Allemands bétonnaient, ils étaient chiants.

La partie était encore indécise. Un attaquant français, Battiston, a pris un coup de genou au visage de la part du gardien allemand, Schumacher, qui avait bondi à sa rencontre alors qu’il tirait et manquait le but de peu. On l’emmena inconscient à l’hôpital : trois dents cassées, une vertèbre cervicale abimée, on apprit ça par la suite.

Je ne retiens pas les noms des joueurs, d’habitude, mais je n’oublierai pas de sitôt ces deux-là. L’arbitre hollandais n’avait rien vu. Le gardien allemand n’a pas été exclu ni même réprimandé, il ne s’inquiétait pas du blessé, il fanfaronnait. Tollé dans les gradins, un des pires coups en vache du foot restait impuni.

Trois jours plus tard, pour la finale, à Madrid, chaque fois que les Italiens feintaient les Allemands, tout le stade grondait: “¡Olé!”

Les Allemands ont perdu.

Il y a 500 000 habitants dans l’agglomération de Liège. Sur ce nombre, il y a probablement 100 000 Italiens ou descendants d’Italiens, et presque autant dans les environs immédiats.

Ce soir-là, une demi-heure après la victoire, le centre-ville était totalement bloqué, et cela pour trois heures, par une foule d’Italiens, d’enfants d’Italiens et de sympathisants d’Italiens, et ça a été une formidable rigolade. On s’en fiche du football, là, c’était une revanche. C’est la deuxième raison.

Evidemment tout ça était en arrière-plan et en arrière-pensée ce 28 juin.

Il y a beaucoup d’Espagnols à Liège, sans compter les latino-américains, mais ça ne fait pas moitié moins que d’Italiens, pas assez pour faire un tel cortège. Pas de rivalité entre les deux communautés, parenté de langue et communauté de sort, – l’usine, la mine, l’exil, le fascisme – font que non seulement ils s’entendent, mais ils se mélangent: je connais plusieurs couples mixtes, les enfants comprennent les deux langues en plus du français, parfois même ils consentent à les parler.

C’est ainsi, malgré mon peu de goût pour le foot, que cette bouffée de nationalisme passablement hirsute m’a été et m’est sympathique en dépit de sa victime prioritaire, le code de la route, dont j’ai peu l’usage, je suis un piéton invétéré.

Gibbon 2012

I made a mistake, on June 28, it was only the semi-final. In the same year, I drew this series of four pictures, each four feet long.

The text that runs on four pannels refers to another famous match that the Italians won against the Germans, on the final of the 1982 World Cup, a match that followed a dramatic semi-final between the Germans and the French, during which a french attacker, Battiston , was severely wounded by the German goal-keeper Schumacher, who got away with it. Probably some of you will remind that.

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Les reliefs de l’ours blanc

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A work in progress; une histoire à suivre: Tifosi

Tifosi1b - copie Tifosi2b - copieLe 28 juin 2012, l’équipe italienne gagne l’euro de foot. Aussitôt les artères qui mènent à Liège se remplissent de voitures venant de Herstal ou de Seraing, qui roulent à toute allure, klaxons hurlants, débordant de femmes, d’hommes, d’enfants, de drapeaux et tout code de la route aboli. Je les observe sur le quai Saint-Léonard, près de chez moi où je rentre griffonner rapidement ces quelques croquis, bien décidé à en faire quelque chose, mais quoi?

(à suivre)

On June 28, 2012, Italy wins the european football cup. Within a few minutes, all the main roads from the suburbs to Liège are crowded with cars full of people, flags and noise. I’m watching them pass on the embankment nearby, then I come back home and quickly scribble these sketches, I already know I’ll be using them some way or another.

(to be continued)

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Matteo et deux Mathilde (carnets)

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Meilleurs vœux à toutes et tous, et bonne chance!

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Sur les bords

Jardin2bUn dessin au trait est une chose étrange. On ne rend pas la substance mais la limite. On ne dessine pas l’aspect, la texture, la couleur des choses, mais leurs bords. Et ça suffit. C’est complètement différent de la vision qu’on a de la réalité, et pourtant on la reconnaît, et on accepte cette bizarre description. Depuis au moins trente-cinq mille ans.

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