Tifosi (2)

Je me suis trompé, le 28 juin 2012 c’était la demi-finale. Un peu plus tard dans l’année, j’ai dessiné ces quatre panneaux de 1m22 de long chacun.

DSC_0007DSC_0006DSC_0003DSC_0009Voici le texte qui court sur les quatre panneaux.

Liège, le 28 juin 2012, entre 22h30 et 23h30 ; le quai Saint-Léonard était sillonné par les Italiens de Herstal qui envahissaient la ville. Les Italiens de Seraing faisaient sans doute pareil par le sud. Circulation bloquée: l’Italie avait gagné, – brillamment -, la demi-finale de l’Euro de football contre l’Allemagne, 2 – 1.

Trois jours plus tard, l’Italie perdit, – lamentablement -, la finale contre l’Espagne. Sic transit gloria mundi.

Je me souviens avec émotion de ce soir de 1982 où l’équipe italienne avait gagné le Mundial de foot contre l’Allemagne. Je m’en souviens pour deux raisons: l’avant-veille, les Allemands avaient remporté la demi-finale contre la France aux penalties.

Les Français, pour une fois, avaient été magnifiques, on les aurait cru menés par Michel Ney en personne. Les Allemands bétonnaient, ils étaient chiants.

La partie était encore indécise. Un attaquant français, Battiston, a pris un coup de genou au visage de la part du gardien allemand, Schumacher, qui avait bondi à sa rencontre alors qu’il tirait et manquait le but de peu. On l’emmena inconscient à l’hôpital : trois dents cassées, une vertèbre cervicale abimée, on apprit ça par la suite.

Je ne retiens pas les noms des joueurs, d’habitude, mais je n’oublierai pas de sitôt ces deux-là. L’arbitre hollandais n’avait rien vu. Le gardien allemand n’a pas été exclu ni même réprimandé, il ne s’inquiétait pas du blessé, il fanfaronnait. Tollé dans les gradins, un des pires coups en vache du foot restait impuni.

Trois jours plus tard, pour la finale, à Madrid, chaque fois que les Italiens feintaient les Allemands, tout le stade grondait: “¡Olé!”

Les Allemands ont perdu.

Il y a 500 000 habitants dans l’agglomération de Liège. Sur ce nombre, il y a probablement 100 000 Italiens ou descendants d’Italiens, et presque autant dans les environs immédiats.

Ce soir-là, une demi-heure après la victoire, le centre-ville était totalement bloqué, et cela pour trois heures, par une foule d’Italiens, d’enfants d’Italiens et de sympathisants d’Italiens, et ça a été une formidable rigolade. On s’en fiche du football, là, c’était une revanche. C’est la deuxième raison.

Evidemment tout ça était en arrière-plan et en arrière-pensée ce 28 juin.

Il y a beaucoup d’Espagnols à Liège, sans compter les latino-américains, mais ça ne fait pas moitié moins que d’Italiens, pas assez pour faire un tel cortège. Pas de rivalité entre les deux communautés, parenté de langue et communauté de sort, – l’usine, la mine, l’exil, le fascisme – font que non seulement ils s’entendent, mais ils se mélangent: je connais plusieurs couples mixtes, les enfants comprennent les deux langues en plus du français, parfois même ils consentent à les parler.

C’est ainsi, malgré mon peu de goût pour le foot, que cette bouffée de nationalisme passablement hirsute m’a été et m’est sympathique en dépit de sa victime prioritaire, le code de la route, dont j’ai peu l’usage, je suis un piéton invétéré.

Gibbon 2012

I made a mistake, on June 28, it was only the semi-final. In the same year, I drew this series of four pictures, each four feet long.

The text that runs on four pannels refers to another famous match that the Italians won against the Germans, on the final of the 1982 World Cup, a match that followed a dramatic semi-final between the Germans and the French, during which a french attacker, Battiston , was severely wounded by the German goal-keeper Schumacher, who got away with it. Probably some of you will remind that.

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